Apprendre à raconter, à écrire pour d'autres
Un projet d'écriture « Ecrire à haute voix » a été mené avec une classe d'apprentis en CAP Cuisine 1ère année par Jean-Michel Vauchot, adjoint de direction au CFA La Noue et conteur-auteur, en collaboration avec Hélène Bouchet et Bernard Corde, respectivement professeurs de français et de cuisine. Initiée en novembre 2008, l'action « Ecrire à haute voix » avait un double objectif : faire évoluer les représentations sur l'égalité homme-femme et faire comprendre la nécessité de progresser dans la maîtrise de la langue écrite et orale pour devenir un citoyen à part entière.
A l'origine de cette expérience pédagogique, une enquête révélant que ce sont les élèves de CFA et de LEP qui ont les représentations les plus discriminantes sur la place des hommes et des femmes dans notre société. Jean-Michel Vauchot en a pris acte et a alors demandé des moyens pour faire avancer les choses. Pour lui, l'inégalité homme-femme est liée à la maîtrise de la langue : un vocabulaire restreint conduit la plupart du temps à des réponses binaires. Catherine Hugonet a accepté de relever le défi et la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l'Egalité a financé ce projet.
Transformer l'oral en écrit
Comment donner l'envie d'écrire à des jeunes plutôt réfractaires aux matières dites « académiques » dont le français fait partie ?
Dans le cadre du référentiel du CAP mais selon une pédagogie différenciée, les intervenants ont choisi une porte d'entrée accessible à tous : l'oral. A travers des contes racontés par leur auteur, Jean-Michel Vauchot, les apprentis ont appréhendé ce moyen d'expression et réalisé progressivement qu'eux-mêmes pouvaient s'en servir sans exposer directement leurs difficultés linguistiques. Cet aspect rassurant et le fait qu'on leur demande de parler de ce qu'ils connaissent mieux que personne, leur vécu, les ont incité à « risquer leur parole ». Au fil des séquences pédagogiques, le professeur de français, Hélène Bouchet, a encouragé et accompagné la découverte de vocabulaire, leur a fait faire de la grammaire presque sans en avoir l'air. Et le passage de l'oral à l'écrit s'est fait ainsi de manière naturelle.
Montrer les enjeux de la communication verbale
Bernard Corde, le professeur de cuisine - figure respectée et emblématique du métier que les apprentis veulent embrasser - était le fil conducteur de cette expérience. Aux yeux des jeunes, il apportait une caution, une cohérence au travail réalisé avec les deux autres intervenants. Il reformulait, faisait en permanence des liens entre l'environnement professionnel et la nécessité de maîtriser le français. Il s'est appuyé par exemple sur des situations concrètes (que ferait un non-cuisinier si on lui disait qu'on a passé la matinée « au piano » ?), a fait des transpositions afin de montrer l'enjeu de posséder un vocabulaire précis pour être compris et transmettre ses idées ou tout simplement une recette...
Méthodologie et outils utilisés pour mettre en œuvre l'action
Dix séquences basées sur l'alternance de la parole des adultes et des jeunes et ponctuées de récits ont été organisées de novembre 2008 à juin 2009. S'y mêlaient travail collectif et travail individuel.
A chaque début de séance, un rappel systématique des apports précédents était effectué pour que chacun s'appuie sur une base commune et visualise bien les objectifs à atteindre.
Les intervenants ont veillé à prendre en compte les inquiétudes, les doutes et les réticences exprimés à divers moments par les jeunes pour désamorcer tout blocage ou décrochage. Cela a permis de rappeler régulièrement le contexte, les enjeux et les exigences de cette action et par la même occasion de les rassurer.
D'autres pistes pédagogiques ont été explorées telles que la lecture à haute voix ou l'introduction de la culture, notamment à travers le commentaire d'un tableau. Pour travailler sur les compétences langagières et linguistiques, des ateliers de parole et d'écriture ont été mis en place. Les apprentis devaient, par exemple, établir les différences existant entre l'écrit et l'oral, à partir d'un texte et d'une vidéo où le conteur raconte l'histoire. Un travail sur l'image a également été réalisé pour les amener à observer et réfléchir à partir de photos de classe d'autres filières.
Un bilan pédagogique et humain positif
Les apprentis ont au final produit un ensemble de textes manuscrits témoignant de leur changement de comportement et de mentalité vis-à-vis du sexe opposé, d'une plus grande ouverture d'esprit. Cette expérience les a enthousiasmés : ils sont demandeurs pour une suite.
De son côté, l'équipe du projet a constaté que le questionnement des apprentis était sérieux, l'expression écrite correcte et comportait moins de fautes d'orthographe à l'issue des dix séances.
Les jeunes ont pu découvrir que le français était une compétence professionnelle à part entière et que l'apprentissage de leur métier et leurs capacités d'évolution passaient par une mise en commun de savoirs et de compétences.
Une communication de l'expérience est prévue au niveau national sur le site internet de la Direction régionale des affaires culturelles avec la production d'un CD. L'action pourrait être reconduite avec une autre classe.
Tina Sellenet
La Consultation Égalité Jeunesse Bourgogne
Carrefour des Mondes a mené de 2007 à 2008 une consultation en Bourgogne en s'appuyant sur les propositions de la Convention pour l'égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, dans le système éducatif (Paris, juin 2006) qui vise à développer la réflexion des jeunes, tout au long de leur scolarité sur :
- la place des femmes et des hommes dans la société ;
- la démarche entreprise par le Conseil du Statut de la Femme du Québec qui s'est donné le mandat de mener une enquête auprès des jeunes québécois ;
- les questions d'égalité.
L'enquête tendait à répondre à la question « Qu'en est-il, chez les filles et les garçons, des clichés de genre véhiculés dans notre société, et plus particulièrement dans les médias ? Quelles sont les inégalités qui perdurent en matière de parité ? Quels sont les défis qui restent à relever et les combats qui restent à mener ? »
Pour consulter le rapport : http://www.bourgogne.pref.gouv.fr/assets/bourgogne/files/DRDFE/rapport_ejb_071122.pdf
