« Pour mener des actions efficaces, le partenariat est, pour moi, fondamental »
Rencontre avec Rémi Guerrin, officiellement nommé chargé de mission régional de lutte contre l'illettrisme en Bourgogne en mars 2009 par le Préfet de région et l'ANLCI (1), qui nous fait part de son approche de l'illettrisme.
Les Nouvelles Brèves : Comment êtes-vous devenu chargé de mission de lutte contre l'illettrisme ?
Rémi Guerrin : Vétérinaire de métier, je suis entré dans l'administration en 1982 et ai occupé différents postes de directeur des services vétérinaires de 1987 à 2008.
Après ces années d'expériences diversifiées, ayant fait le tour des différentes facettes du métier, j'ai aspiré à changer de fonction et à me tourner vers d'autres missions au service de mes concitoyens. Ainsi, en répondant à une offre d'emploi, je suis devenu fin 2008 chargé de mission au SGAR(2), responsable du suivi de l'ensemble des politiques à connotation sociale conduites par les différents services de l'Etat compétents, notamment les programmes spécifiques mis en œuvre dans le cadre de la politique de la ville, la lutte contre l'illettrisme, les outils de l'insertion professionnelle, le logement social, la réussite éducative ...
LNB : Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots en quoi consiste la fonction de chargé de mission de lutte contre l'illettrisme ?
R. G : Sous l'autorité du Préfet de région, ce chargé de mission assure le pilotage de l'animation de la mission régionale de prévention et de lutte contre l'illettrisme.
Il doit fédérer et optimiser les moyens mobilisés par l'Etat, les collectivités territoriales, les entreprises et la société civile dans la lutte contre l'illettrisme.
Il doit promouvoir, tant au niveau national que local, toutes les actions concourant à mesurer, prévenir et résorber l'illettrisme.
Enfin, il accompagne et « outille » les acteurs qui aident ceux à qui « les phrases et les mots posent des problèmes ».
LNB : Quelle était votre perception de l'illettrisme avant de devenir chargé de mission régional ?
R. G : En tant que vétérinaire en cabinet ou dans l'administration, j'ai rencontré des personnes en difficulté avec l'écrit, mais je croyais que c'était marginal et en extinction. Or, ce n'est pas le cas et de plus, l'illettrisme n'est pas en régression, notamment chez les jeunes, au vu des résultats des tests de la Journée d'appel et de préparation à la défense (JAPD). On constate mais on a du mal à comprendre.
LNB : Comment avez-vous appréhendé l'illettrisme en Bourgogne ?
R. G : Avec des données disparates, non centralisées et la variété des sources d'information, il est difficile d'avoir une vision globale de la situation régionale.
Cependant, à partir des difficultés que le récent rapport (3) du CESR sur l'illettrisme a mis au jour, certains éléments m'apparaissent plus concrets. Le repérage des personnes en situation d'illettrisme semble tardif et pas toujours suivi d'effets. Il me semble important d'élargir ce repérage en s'appuyant sur les opérateurs publics ou privés en contact avec le public en situation d'illettrisme. Pour mener des actions efficaces, le partenariat est, pour moi, fondamental.
Autre souci : les structures œuvrant dans la lutte contre l'illettrisme sont cloisonnées par public, par action. Or, la population visée est très variée, allant de la petite enfance aux personnes âgées. Il faudrait une politique éducative, linguistique et culturelle globale, au sein de laquelle l'accès à l'emploi doit être un des objectifs à atteindre.
LNB : Vous travaillez au sein du SGAR. Quel est son rôle en matière de lutte contre l'illettrisme ?
R. G : Le SGAR souhaite réinvestir ce domaine pour en donner une vision d'ensemble plus claire.
Pilote de la lutte contre l'illettrisme en Bourgogne, il a pour mission de coordonner et d'harmoniser les actions des structures œuvrant dans ce combat. Un comité de travail restreint, appelé à s'élargir, a été constitué en février 2009. Composé de 3 organismes (le SGAR, l'Acsé (4) et le C2R Bourgogne), il se réunit une fois par mois après divers échanges avec les acteurs locaux. Il s'agit d'abord de définir les grandes lignes d'un plan d'actions qui, après concertation, pourra constituer la base du plan régional de lutte contre l'illettrisme 2010-2012. On peut déjà dire que la sensibilisation des différents publics sera une des priorités.
Propos recueillis par Tina Sellenet
(1) Agence nationale de lutte contre l'illettrisme
(2) Service général aux affaires régionales
(3) Pour télécharger l'avis «La lutte contre l'illettrisme en Bourgogne» du Conseil économique et social de Bourgogne, novembre 2008 (39 p.) : www.cr-bourgogne.fr/download.php?voir=0&document_id=3977
(4) Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances - www.lacse.fr
